Ministère de la grande illusion

jeudi 18 juin 2020
par invité
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On y est, lundi c’est la 3ème rentrée de l’année ! Après la préparation du confinement, la mise en route et l’application d’une difficile continuité pédagogique avec les moyens du bord ( et personnels). Après une 1ère reprise à petits pas mi-mai, suivie d’une seconde à pas plus grands, nous voici donc invités à revoir enfin tous nos élèves (et à revoir tout ce qui avait mis en place en catastrophe il y a quelques jours…) !

Après, on dira que les enseignants sont décrocheurs, incapables, récalcitrants, vieux jeu… pourtant, ça s’appelle être au front ça, et cela devrait plaire à notre général de président Macron. Que lui a-t-il pris de rouvrir totalement les écoles à 3 semaines de la fin théorique de l’année scolaire (dans la pratique, on sait bien que l’absentéisme est légion dans les écoles à cette période et que le secondaire a souvent déjà fermé ses classes) ? Le gouvernement veut réamorcer la scolarité obligatoire. C’est louable, il est vrai que celle-ci a calé durant cette période de volontariat et qu’il est légitime de vouloir replacer ce principe en plein centre du jeu. Cela avant que les vacances d’été viennent figer une mauvaise habitude prise par les familles. Le gouvernement veut aussi certainement mieux relancer son économie et dans ce pack, plus accueillir à l’école permet de plus aller travailler pour des centaines de milliers de parents. Il s’agit sans doute aussi de rompre avec l’esprit de liberté qui souffle durant cette période de télétravail. Car si télétravailler est usant, tous les temps du travailleurs se mêlant et le temps « travail » empiétant largement sur les équilibres familiaux et privés, il est de toute façon mal vu par le patron (l’ami de Macron) car permettant peu le contrôle de l’employé. Il est tout de même dommage de prétexter l’égalité, la reprise du scolaire comme si de rien n’était et de demander aux acteurs de terrain d’alimenter cette communication = « oui, remettez vos enfants à l’école. L’école n’est pas finie. Nous allons travailler, poursuivre le programme, rattraper le retard... ». Dans tout cela, le sanitaire est largement passé sous silence. Ni Macron ni Blanquer ne parlent des risques ou de l’absence de risque. C’est un peu comme si ces données étaient devenues secondaires, non-essentielles… comme un complément circonstanciels qu’on peut déplacer ou supprimer au gré du besoin. Il n’y a donc plus aucun appui sur la réalité sanitaire pour adapter un plan de prévention de santé vieilli par l’actualité. L’adaptation est simplement faite selon la nécessité que « ça rentre dans les classes » (Au pire, poussez un peu), tout en faisant illusion qu’il y a bien un cadre pour limiter la propagation et la contamination.

L’affichage est bon, mais derrière, c’est l’ensemble d’un dispositif qui saute : limite d’élèves, de distance, masques, objets et outils en commun, fréquence de nettoyage… On va même pouvoir faire des kermesses, que la fête commence ! C’est à la fois un beau mensonge sur le fond car destiné à faire croire que, alors que la situation n’est pas redevenue normale dans le pays (les annonces covid19 passent encore à grande échelle dans les médias), la situation à l’école redevient ordinaire. Ah, non, pardon : il faudra limiter le brassage… Les individus pourront donc se contaminer mais à l’intérieur de groupes hermétiquement interdits aux autres à l’école (parce que en dehors les enfants et les jeunes se voient sans respecter les groupes et en se brassant, mais là, c’est plus notre problème…). Dans la forme aussi, c’est un beau mensonge puisque la mise à jour du protocole vient annoncer que oui, tout est encore fait pour tenir compte du contexte sanitaire et pour éviter circulation et contamination. Ça, si ce n’est pas vouloir faire avaler de la poudre de perlimpinpin à tout le monde. Il aurait été plus honnête de dire : « On a plus peur de la contamination dans les écoles, aussi on ouvre normalement les écoles sans mesures particulières hors mis les simples gestes barrières »…

Mais le pire dans toute cette histoire, c’est le mépris affiché envers les personnels. Un jour canonisés et le lendemain, soutenus d’un pincement de bouche face aux critiques honteuses. Conspués « justement » quelques jours avant de devoir remettre un coup de collier et de montrer à tout le pays comme ils sont de magnifiques agents de l’État, prêts à tous les sacrifices. La dernière pommade ministérielle sous forme de vidéo Youtube est uniquement destinée à mieux les inciter à assumer l’ensemble de cette décision de salon sans aucune consultation et sans considération pour la réalité de leurs métiers. Certes, il y a crise et il est normal dans cette période de se préparer à « plus ou différemment » donner. Mais, enfin, la manière dont notre administration fonctionne imite de mieux en mieux la pratique seigneuriale. Le roi décide dans son palais, loin du réel, le peuple se plie sans broncher. Pourtant on sait comment cette histoire a fini...