Etats généraux du numérique : ce sera sans la FSU d’Ariège •

jeudi 1er octobre 2020
popularité : 2%

Article DDM Publié le 29/09/20

Au mois de juin dernier, le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer a lancé une large consultation sur le numérique vers les enseignants et les différents partenaires institutionnels ou privés de l’Education nationale. Aujourd’hui, les recteurs, les inspecteurs d’académie, les chefs d’établissements convient les syndicats à y participer. Une main tendue que, en Ariège, la FSU qualifie de "grand effet de manche démocratique". Et le syndicat de questionner le but de la démarche.

"S’agit-il de s’interroger ensemble sur le bien-fondé de la numérisation de l’éducation nationale ? De questionner les objectifs ou le socle idéologique sur lequel repose cette numérisation ? Certainement pas", répond la FSU 09. Pour elle, il ne s’agit pas de venir poser des questions mais de, elle cite, "renforcer la stratégie numérique éducative".

"Si les conclusions sont données avant la consultation, à quoi bon s’y rendre ?" résume Laurent Murati et Guillaume Estalrich, faussement candides. Tous les deux observent que l’éducation nationale est déjà largement numérisée. "Les ordinateurs sont dans toutes les salles de classe, certains d’entre nous ne font plus cours qu’avec le vidéo-projecteur. Bon nombre de matières scientifiques s’enseignent majoritairement avec le numérique. Que faut-il de plus ? La Covid, dans l’éducation comme dans beaucoup de secteurs économiques, aura eu au moins cet effet de transformer à marche forcée la société et de la rendre toujours plus dépendante de la technologie et des marchands du numérique." Ils soulignent "l’effet d’aubaine qu’a constitué le télétravail pour les GAFAM", qui "ne demande plus qu’à être avalisé par notre institution, qui y voit un magnifique gisement d’économie en personnel".

Les conséquences sur l’emploi Voilà ainsi le sujet qui fâche pour la FSU. À l’inverse de ceux qui voient le verre à moitié plein avec la fin des classes surchargées, eux voient le verre à moitié vide avec les conséquences sur l’emploi : "le distanciel-présentiel va alléger les effectifs à moyens constants". Ces États généraux du numérique "au titre pompeux" ne seraient donc, selon eux, "qu’un effet de communication au même titre que la défunte convention citoyenne pour le climat". Pendant que le peuple discute, les gouvernants gouvernent et prendraient les décisions avant de consulter. Cela s’appelle "faire vivre la démocratie dans les territoires" tente de convaincre le gouvernement. Du "jargon techno-gouvernemental" qui n’aurait d’autre but que de "rendre acceptable sous couvert de discussions démocratiques l’inacceptable".

Laurent Murati et Guillaume Estalrich en sont sûrs, l’orientation est décidée depuis longtemps. "Il faut toujours davantage numériser l’Education nationale pour la rendre plus innovante, c’est-à-dire ouverte sur le marché de la concurrence ("l’intégrer à son éco-système" en jargon néolibéral) et surtout plus disponible pour la Ed’Tech."

Le prétexte de la "fracture numérique" à réduire reste encore pertinent, nuancent-ils à peine… pour mieux attaquer. "C’est toujours au nom des plus démunis, des plus faibles, des plus fragiles, qu’il faut d’urgence numériser, équiper, suréquiper alors que les besoins de ces personnes se trouvent ailleurs." Et les deux syndicalistes de conclure : "Parce que nous défendons une autre vision de l’éducation, plus humaine, et tournée vers l’élève plutôt que vers l’écran, nous ne participerons pas à cette réunion dont les conclusions sont écrites à l’avance."

Article DDM Publié le 29/09/20

https://www.ladepeche.fr/2020/09/29/etats-generaux-du-numerique-ce-sera-sans-la-fsu-09-