Petit compte-rendu de la conférence de Claude Lelièvre

vendredi 1er octobre 2021
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"Quel fonctionnement pour quelle école ?"

Compte-rendu de du webinaire organisé par le SNUipp-FSU avec la participation de Claude Lelièvre, historien de l’éducation, à propos des évolutions récentes que tente d’imposer le gouvernement au travers de la loi Rilhac ou des "expérimentations à Marseille.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la conférence ici.

Introduction par Guislaine David (co-secrétaire nationale SNUipp-FSU)

  • L’école a déjà testé des organisations libérales (pays scandinaves, 2nd degré) mais elles ont été abandonnées car, au mieux elle n’étaient pas convaincantes, au pire elles étaient catastrophiques
  • La profession réclame depuis longtemps et avec insistance un fonctionnement collaboratif et pas hiérarchique (note de la DEPP en 2018)
  • Les besoins les plus forts pour les directeurs sont ignorés par la loi Rilhac :
    • l’aide administrative figure comme une éventualité à prendre en charge par l’état ou les collectivités locales → pas d’obligation de l’état (donc inégalités de mise en place sur le territoire)
    • l’allègement des tâches administratives

Intervention de Claude Lelièvre (historien de l’éducation)

  • Il commence par souligner le caractère approximatif et imprévisible des décisions prises et des projets de loi → selon lui, c’est une façon de mater les résistances en désorientant et en divisant l’opposition
  • Le texte fait référence à un "emploi fonctionnel de direction" sans définir ce que c’est. Le flou est entretenu, probablement afin qu’on puisse élargir la liste des tâches qui seront incluses dans ces missions.
  • Le président de la République s’empare de la question (discours de Marseille), donnant des orientations très précises sur la direction à prendre et allant plus loin que ce que propose la loi Rilhac : de plus, il associe ces mesures (présentées comme nécessaires) à la situation difficile que connaissent les établissement de Marseille. Il utilise l’excuse du besoin d’une réponse forte pour familiariser l’opinion avec ses mesures libérales qui n’ont absolument pas fait leurs preuves, ni dans un contexte général ni localement dans des situations compliquées.
  • Quand des précisions sont proposées sur l’autorité fonctionnelle, les amendements ne passent pas. Il y a donc bien une volonté de laisser un gros flou sur cette notion. Pour ensuite pouvoir y mettre ce qu’on veut dedans.

Point historique sur les tentatives de libéralisation de l’école :

    • On voit des préconisations insistantes depuis quelques dizaines d’années sur la hiérarchisation, donner plus de pouvoir aux chefs → c’est un projet politique porté par la (l’UMP, puis LR)
      • ces tentatives s’accompagnent toujours de tentatives d’affaiblir les syndicats
      • La question à se poser : quelle éducation voulons-nous ?
    • Historiquement, ces partis de droite qui se disent républicains sont en fait issus de la tendance bonapartiste : c’est Bonaparte qui crée le statut de chef d’établissement ! Il faut se rappeler qu’à l’origine, les écoles centrales avaient une direction collégiale !
    • Blanquer s’inscrit dans la continuité de ce courant bonapartiste en voulant instiller plus de hiérarchie (donc une meilleure circulation des ordres et un contrôle accru). Il ne s’en cache absolument pas : c’est dans ses livres, dans les interviews qu’il donne (au Nouvel Obs par exemple, il dit carrément souhaiter que les chefs d’établissement choisissent les enseignants)
    • Dès 1987 sous le gouvernement Chirac, un décret arrive à mettre en place le statut de maître-directeur pour renforcer le pouvoir des chefs d’établissement malgré l’opposition de la profession. Il octroyait aux directeurs le pouvoir de noter, evaluer, surveiller les enseignants dans l’application des orientations culturelles et pédagogiques. Il sera annulé par Jospin l’année suivante pour remettre la notion de collégialité au centre du fonctionnement de l’école. A noter : les IEN étaient particulièrement opposés à ce décret car il leur enlevait un part de leur autorité (ce qui leur en laissait plus pour contrôlerles subordonnés ?)

Pourquoi les enseignants résistent ?

    • La circulaire de création du conseil des maîtres avait consacré l’importance du travail en équipe en plaçant chaque membre au même niveau.
    • Les textes de loi votés étaient précis avant : les notions étaient définis, les espaces de liberté clairs et les limites explicites. Maintenant, c’est beaucoup plus flou.
    • Les collègues s’étaient prononcés unanimement pour la liberté pédagogique. Les programmes étaient vagues, définissaient des objectifs généraux. Des aides, des indications pouvaient être fournies pour accompagner les enseignants sans aucune injonction.
    • Situation paradoxale : maintenant les enseignants sont très dirigés et contrôlés alors qu’ils ont un niveau d’étude bien plus élevé (bac+5 contre brevet à l’époque)
    • Depuis François Guizot (ministre de l’instruction publique en 1832), les tentatives d’être beaucoup plus dirigiste en imposant des guides et des manuels sont régulièrement revenues sur le devant de la scène, sans jamais avoir de légitimité autre que celle du chef qui impose (C. Lelièvre s’amuse à imaginer un guide rédigé par le ministre de la santé à destination des médecins pour mener une consultation...)
    • Cette notion est emblématique du projet politique qu’il y a derrière et réinterroge la notion de République. Être républicain, c’est pouvoir se gouverner soi-même.
    • Ferdinand Buisson (directeur général de l’enseignement scolaire de 1879 à 1896, prix Nobel de la paix) :

      « Le premier devoir d’une république est de faire des républicains. [...] Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain, si petit et si humble qu’il soit et lui donner l’idée qu’il peut penser par lui-même ; qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne ; que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef quel qu’il soit, temporel ou spirituel. Est-ce qu’on apprend à penser comme à croire ? Croire c’est ce qu’il y a de plus facile et penser ce qu’il y a de plus difficile. Pour arriver à juger par soi-même d’après la raison, il faut un long et minutieux apprentissage. Cela demande des années ; cela suppose un exercice méthodique et prolongé. C’est qu’il s’agit de rien moins que de faire un esprit libre. Et si vous voulez faire un esprit libre, qui est-ce qui doit s’en charger sinon un autre esprit libre ? »

    • Il faut avoir conscience que la droite s’est approprié le mot républicain en le vidant de son sens originel, en omettant cette nécessité d’inclure et de former les citoyens afin qu’ils participent à la gouvernance de leur état. En république, le souverain est collectif et chacun est co-souverain.
    • L’objectif est de mettre le contrôle hiérarchique au plus près du terrain afin que les ordres descendent mieux et que le contrôle puisse se faire plus efficacement.
    • Les citoyens, de plus en plus considérés comme des individus exclusivement, sont invités à s’exprimer de manière débridée (sur les réseaux sociaux par exemple) sans prendre le temps de faire appel à la raison. C’est même là qu’on apprend à se socialiser si l’école ne joue pas ce rôle-là !


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